COURANT LITTERAIRE 1950 1960
" Ces antisartriens de choc, par référence au Hussard sur le toit de Giono et au Hussard bleu, s'étaient retrouvés affublés à la fin 1952, dans un article signé par un cousin de gauche nommé Bernard FRANK, d'un uniforme de " hussard " qui leur collera à la peau - tant ce sobriquet correspond à leur goût de caracoler, leur anti-intellectualisme agressif, et leur élégance un peu brusque. Ce missile expédié en représailles par le camp sartrien - l'article de FRANK a été publié dans Les Temps modernes - entérine d'une certaine façon le succès de leur opération-commando.
La panoplie littéraire des premières années cinquante sera largement celle de hussard : cambrure et whisky, ton cassant ou glacé, romans qui démarrent sur des chapeaux de roue et finissent en queue de poisson, chasse stendhalienne au bonheur et dégoûts d'enfant triste. Leur empire s'étendra du " marbre " des journaux aux éditions de La Table ronde, du bar Bac à celui du Pont-Royal, du stade de Twickenham à la côte basque : bref, un " air du pays ", ponctué d'étapes du Tour de France, de chaude fraternité virile et de serments de mousquetaires. Les prétendus hussards auront beau protester qu'ils ne forment pas une école, avec manifestes et réunions d'état-major, Bernard FRANK, l'année suivante, les soudera en un seul jeune romancier imaginaire nommé Niblorent, auteur d'un livre intitulé Les Caprices des enfants tristes du bon Dieu...(François Dufay, Le soufre et le moisi, Perrin éditions, 2006).
Il serait inepte de parler d'une écriture commune à ces auteurs qui, somme toute, ne se réunirent jamais une seule fois tous les quatre pour rédiger un manifeste ou fonder une école. Cependant, parce qu'ils adoptèrent souvent une attitude semblable face à la vie et qu'ils avaient des goûts littéraires analogues, leur style présente parfois des similitudes et un même état d'esprit.


Jeunes hommes pressés, amoureux de voitures rapides et du plaisir d'écrire, admirateurs de MORAND, de Montherlant et de CHARDONNE, plus ou moins imprégnés des oeuvres de Stendhal et d'Alexandre Dumas, leur style se compose de phrases brèves, d'un ton désinvolte et pétulant. Meurtris par les évènements, ils cachent aussi une profonde amertume derrière la verve, l'irrespect et l'humour (particulièrement présent chez Antoine BLONDIN ) pour peindre l'absurdité de leur époque.