LA REVUE de la table ronde

 

     Les HUSSARDS ont en commun d'avoir participé à la REVUE de la TABLE RONDE (liée à l'origine à la maison d'édition du même nom, LA TABLE RONDE), qui a été créée pour faire pièce à la revue sartrienne LES TEMPS MODERNES.

   A la REVUE de la TABLE RONDE ont également contribué des écrivains de renom François MAURIAC, qui la parrainait, Jacques CHARDONNE, Jean GIONO, Marcel JOUHANDEAU, Henry de MONTHERLANT, Jean PAULHAN ou Jean SCHLUMBERGER.

  Par la suite, ils se sont aussi opposés au Nouveau roman.

 

 JACQUES  CHARDONNE

 Ecrivain de son vrai nom Jacques BOUTELLEAU né à Barbezieux le 2 janvier 1884 et mort à La Frette-sur-Seine le 29 mai 1968.

  FAMILLE

 Son père, Georges Boutelleau, issu d'une famille de négociants de cognac, était lui-même écrivain. Poète amateur, il fut encouragé par François Coppée et par le célèbre écrivain rochefortais Julien Viaud, dit Pierre Loti, qu'il reçut dans sa grande maison patricienne de Barbezieux.

  Le fils se souviendra plus tard être allé enfant avec son père chercher le célèbre écrivain venu pour une réception, à la gare de Barbezieux, et en dira plus tard qu' "il n'était à l'aise ni dans la vie, ni dans la gloire. "

    Georges dira un jour à son fils : " La littérature, ce n'est pas un métier, c'est un secret ", que pourrait illustrer la vie d'écrivain de Julien Gracq. 

  Sa mère, quaker d'ascendance américaine, appartenait à la célèbre " tribu porcelainière " des Haviland de Limoges.

   " Enfant j'aimais Jaurès, et je lisais ce qu'il écrivait. Vers 1910, je l'ai connu et l'ai vu souvent jusqu'à sa mort (...) il a prophétisé des sombres choses qui n'ont pas manqué d'arriver. Ces idées m'ont marqué à jamais. "

   AVANT la GUERRE

Après avoir été le secrétaire de l'éditeur Pierre-Victor Stock en 1921, il rachète cette prestigieuse maison en association avec son ami Maurice Delamain et devint le codirecteur de la " Librairie Stock, Delamain et Boutelleau ", devenue propriété du groupe Gallimard.

  En apparence, il se tient à l'écart de la politique. En privé, il cultive un certain conservatisme et se montre même ouvert aux idées monarchistes : " Il faut dire au comte de Paris qu'un éloge royal est, entre tous, délicieux. Viendrait-il du diable, l'éloge serait encore bon. S'il veut me séduire tout à fait, il doit exterminer son aile gauche, cette bande de jeunes chenapans bolcheviks-royalistes : Brasillach, Thierry Maulnier, Claude Roy ; et même les vieux : Gaxotte, Varillon, etc. "

 SOUS L' OCCUPATION

Il écrit aux premiers jours de l'Occupation : " Ici occupation correcte, douce, très douce. Mais j'espère que nous souffrirons. J'accepte tout du fond du coeur. Je sens le bienfait de l' " épreuve ", la toute-puissance de l'évènement. Une immense folie est dissipée (...) j'ai l'horreur de ce que nous étions. Je ne déteste pas l'Allemand mais le Français d'hier, moi, l'Anglais (l'Anglais surtout qui me devient odieux, avec son Churchill dément), frivole et vantard. La censure elle-même me sera bonne. Nous ne voulons pas être nazis, et personne, je crois, n'attend cela de nous. Mais je peux comprendre leur leçon. Derrière cette force matérielle, il y a des forces morales très grandes. La débâcle anglo-française est une débâcle morale. "

  Culturellement germanophile, il répond à l'invitation de Joseph Goebbels, ministre de la Propagande du Reich, en octobre 1941, avec sept autres écrivains français, tels Pierre Drieu La Rochelle, Marcel Jouhandeau et Robert Brasillach, et séjourne en Allemagne pour le Congrès des écrivains européens de Weimar, dont il revient enthousiasmé, voire pro-hitlérien.

   On le voit également ardent pétainiste : " Il n'y a pas de " pauvre " gouvernement de Vichy. Il n'y a que des pauvres français. Pétain est le seul grand. Je le trouve sublime. Il est toute la France. Je vomis les juifs, Benda, et les Anglais - et la Révolution française. C'est une grande date que 1940. Et qui doit beaucoup à 1918. Je suis sûr que vous verrez un jour dans quelle erreur nous étions. "

  En 1942, alors que d'autres déclinent prudemment une nouvelle invitation, il accepte de présider un second voyage outre-Rhin, toujours avec Pierre Drieu La Rochelle. Il écrit alors Chronique privée de l'an 40 (1940) - dont il regrettera la parution - et dans diverses revues nazies, comme Deutschland Frankreich.

  Son fils unique Gérard (Paris, 27 mai 1911 - 2 novembre 1962), également romancier, est déporté en mars 1943 au camp d'Oranienburg-Sachsenhausen et libéré grâce à l'intervention du lieutenant Gerhard Heller. Son père dira de cette épisode : " Il est resté 6 mois à Oranienburg (...) Ce n'était pas rose. Mais ils sont revenus, je dois le dire, avec fort bonne mine. " En 1944 Gérard Boutelleau deviendra rédacteur en chef de l'hebdomadaire Carrefour, créé par une équipe proche des démocrates-chrétiens, puis vers 1950 orienté plus à droite, pour cesser de paraître en 1977 ; à ce titre, il sera en relation avec l'écrivain Jean Paulhan, qui correspondit avec son père de 1928 à 1962.

  A propos de la Collaboration, il dira plus tard : " Vous avez lu " La Paix " de Jünger, j'espère, c'est là ce que j'ai toujours cru, ma " politique " et mes " alliés " seulement j'ai mal choisi mon moment pour le dire. "

  Le sculpteur allemand Arno Breker, venu exposer ses oeuvres à Paris en 1942, dit de lui qu'il " fut toujours ouvert à l'esprit allemand " et qu'il eut le courage " de voir, derrière le soldat qui entrait à Paris, le partenaire de demain ".

  APRES la GUERRE

A la Libération, il craint d'être fusillé à cause de son engagement vichyste.

Arrêté à Jarnac, comme son éditeur Bernard Grasset, qui est jugé par le Conseil national des écrivains (CNE), commission d'épuration de l'édition, et le suspend en 1946 de sa profession pour entente avec l'occupant, il est conduit le 12 septembre 1944 à la prison de Cognac, où il reste pendant quelques semaines et côtoie quelques notables compromis dans la Collaboration, avant d'être placé en résidence surveillée.

  Ses livres sont interdits de vente et de fabrication, mais il bénéficie en mai 1946 d'un non-lieu à la suite des déclarations de son fils et de Paulhan. Il écrira à ce sujet : " Le tribunal de Versailles, pendant deux ans, a examiné mon cas. Il était présidé par un communiste et le juge d'instruction était un juif. Ils ont jugé qu'il n'y avait rien à retenir contre moi ; et je crois bien avoir été le seul (dans ces circonstances) qui a été proclamé sans reproche. "

   Il prend ses distances vis-à-vis de la politique : " Les gens de gauche reprennent pour leur compte le jeu des gens de droite. La patrie n'a jamais servi qu'aux passions et aux intérêts privés. Elle est toujours trahie. " Il exprime aussi quelques regrets au sujet de la Collaboration : " Je me suis rapproché du Rhin, que je ne traverserai plus jamais. Au-delà se passent des choses qui me soulèvent le coeur. "

  Très proche de Paul MORAND, avec qui il entretient une longue correspondance, il parraine avec lui une nouvelle génération d'écrivains qu'on appellera les Hussards. CHARDONNE correspond notamment avec Roger NIMIER, qui fait figure de chef de file du mouvement, et collabore à la revue de LA TABLE RONDE, où se retrouvent des écrivains de droite appartenant à l'ancienne comme à la nouvelle génération.

  Bien que vivant retiré, il accepte de prononcer, le 30 juin 1956, un discours pour la distribution des Prix du collège de Barbezieux.       

  Il poursuit son activité d'écrivain tout en affectant de mépriser les honneurs : " Je continue d'écrire. Je refuse l'Académie. Et on me couvre de fleurs, comme une tombe. "

    En 1966, après l'envoi d'un livre au Président de la République, Charles de Gaulle, celui-ci, " remettant la politique à sa juste place " selon Ginette Guitard-Auviste, le remercie ainsi dans une lettre du 9 avril : " Cher maître, vos Propos comme ça m'enchantent. J'admire l'ampleur et la désinvolture de votre pensée. Je goûte votre style pur et sans accessoire ", dont CHARDONNE est ému et assez fier pour la montrer à son entourage.

  Cependant, le chef de l'Etat reste pour lui une " cible " de choix dans la longue correspondance inédite, mais consultable depuis 2000 à la bibliothèque de Lausanne - qu'il entretient avec Paul MORAND de 1952 à 1968, " tout en se montrant (plus) vulnérable aux côtés monarchistes et droitiers du grand homme ", et où, face à l'antisémitisme de MORAND, " il joue, selon François Dufay, les philosémites avec des arguments sentant leur antisémitisme, vantant Léon Blum, Raymond Aron, tout en pestant contre les métèques qui envahissent sa banlieue. " Mais Ginette Guitard-Auviste ne trouve pas trace en CHARDONNE de " racisme d'aucune sorte, ni racial (sic) ni social. "

  Refusant les honneurs post mortem, il fait part à ses proches de ses dispositions testamentaires : " pas de rue, pas de plaque ".

  OEUVRE

 Dès son premier livre, l'Epithalame (1921), il se révèle comme un romancier du couple, ce " curieux assemblage de deux êtres, qui ne laisse personne en repos ". Viennent ensuite Les Varais (1929), puis Eva (1930) et Claire (1931) qui reçoit le Grand Prix du roman de l'Académie française en 1932. Puis dans l'Amour du Prochain (1932), il offre avec finesse, en romancier et moraliste, des descriptions mélancoliques.

  Il a écrit quelque 20 000 lettres ; celles écrites sur papier quadrillé sont sincères, tandis que dans celles sur papier blanc, il mentait. Ses amis connaissaient cette convention.

  Il a choisi son nom de plume à partir du nom de la commune suisse de CHARDONNE, où il a séjourné et écrit un certain temps.

  POSTERITE

 François Mitterrand né à Jarnac, a exprimé son admiration pour l'écrivain, " autre gloire charentaise et styliste-hobereau ".

  Le 7 avril 1984, une cérémonie pour le centenaire de sa naissance fut organisée à Barbezieux, une rue à son nom inaugurée, et une plaque posée sur la façade de sa maison natale.

  En 2004, c'est " en raison de cette attitude condamnable sous l'Occupation " que quelques conseillers régionaux socialistes de Poitou-Charentes estimèrent nécessaire de débaptiser les deux salles de l'Hôtel de région auxquelles son nom avait été donné en 1986, cette collectivité territoriale étant alors dirigée par la droite.

 

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 FRANCOIS  MAURIAC

Ecrivain né le 11 octobre 1885 à Bordeaux et mort le 1er septembre 1970 à Paris. Lauréat du Grand Prix du roman de l'Académie française à partir de 1933, lauréat du prix Nobel de littérature en 1952. Il est décoré de la Grand-croix de la Légion d'honneur en 1958.

  BIOGRAPHIE

Orphelin de père dès l'âge de deux ans et demi, François MAURIAC fait ses études chez les marianistes de l'institution Sainte-Marie Grand Lebrun à Cauderan. Outre les divers logements que la famille occupera à Bordeaux, son adolescence est marquée par plusieurs lieux girondins qui tous marqueront profondément son oeuvre : les Landes de Gascogne autour de Langon, Verdelais et Saint-Symphorien, bourgs dominés par la bourgeoisie viticole ou ayant fait fortune dans l'exploitation forestière, aux climats lourds de secrets étouffés qu'il peindra dans la plupart de ses romans.

  Il étudie la littérature à la faculté de Bordeaux, sous la direction de Fortunat Strowski. Il a alors pour condisciple Jean de la Ville de Mirmont, futur auteur de L'Horizon chimérique et des Dimanches de Jean Dézert, et se lie d'amitié avec André Lafon, qui écrira plus tard L'Elève Gilles. En 1907, François MAURIAC s'installe à Paris pour préparer l'Ecole des chartes, mais il abandonne bien vite ses études pour se consacrer entièrement à l'écriture.

  LE  POETE

Son premier volume de poèmes, Les Mains jointes, est publié en 1909. Bien que retenant l'attention des milieux littéraires et notamment de Maurice Barrès, auquel il voue un véritable culte, MAURIAC ne sera connu du grand public qu'une dizaine d'années plus tard.

 En 1913, il épouse Jeanne Lafon, rencontrée chez leur amie commune Jeanne Allemans, auteur qui publie sous le pseudonyme masculin de Jean Balde, et elle lui donne un premier fils, Claude, en 1914, année de la publication de La Robe prétexte. Ses autres enfants, Luce, Jean et Claire naîtront respectivement en 1919, 1924 et 1929.

  Sa carrière littéraire est interrompue par la Première Guerre mondiale, durant laquelle il sert un temps dans un hôpital de la Croix-Rouge à Salonique. Après la victoire de 1918, il reprend ses activités et publie, en 1921, Préséances, qui le brouille pour longtemps avec la bonne société bordelaise, puis, en 1922, Le Baiser au lépreux.

  LE  ROMANCIER

Dans une vie d'abord marquée par les mondanités littéraires (jeune, il fréquente les salons, notamment celui de Natalie Clifford Barney), puis par des engagements politiques guidés notamment par un idéal chrétien socialisant (il suit un temps le Sillon de Marc Sangnier et s'oppose à l'Action française), MAURIAC est avant tout occupé par la composition d'une oeuvre romanesque, où il se révèle un remarquable analyste des passions de l'âme et un virulent pourfendeur de la bourgeoisie provinciale (Genitrix, Le Désert de l'amour, Thérèse Desqueyroux, Le Noeud de vipères, Le Mystère Frontenac). La plupart de ses romans évoquent, avec une certaine intensité tragique, le conflit entre la foi et la chair et développent plusieurs images récurrentes comme le fameux " désert " spirituel que les personnages doivent traverser.

  La qualité de ses romans et de sa poésie lui vaut  d'être triomphalement élu à l'Académie française le 1er juin 1933 au premier tour contre Edmond Sée par 28 voix et 3 bulletins blancs sur 31 votants. Le 16 novembre 1933, lors de sa réception, il doit néanmoins endurer le discours peu flatteur d'André Chaumeix.

 L' ECRIVAIN  ENGAGE

Tout en poursuivant son oeuvre littéraire (La Fin de la nuit, première suite de Thérèse Desqueyroux, Les Anges noirs), il prend part à de nouveaux combats politiques, notamment au moment de la guerre d'Espagne, d'abord en faveur des nationalistes, avant de se ranger, avec les chrétiens de gauche qui s'expriment dans les revues Esprit ou Sept, aux côtés des républicains espagnols (cf. ses articles dans Temps présent). Cet engagement provoquera une première rupture avec sa famille politique. Robert Brasillach lui dédicacera son ouvrage sur la guerre d'Espagne d'un perfide " à F.M. égaré ".

   Sous l'Occupation, après quelques hésitations devant la Révolution nationale lancée par le maréchal Pétain, il publie en 1941 La Pharisienne, qui peut se lire en creux comme une critique du régime de Vichy et qui lui vaut d'être désigné comme " agent de désagrégation " de la conscience française par les thuriféraires de l'Ordre nouveau. Il adhère au Front national des écrivains et participe à l'oeuvre de Résistance à travers la presse clandestine (Les Lettres Françaises notamment). Il fait paraître en 1943, aux Editions de Minuit, sous le pseudonyme de " Forez ", Le Cahier noir, qui est diffusé sous le manteau.

   Au moment de l'épuration, il intervient en faveur de l'écrivain Henri Béraud, accusé de collaboration. Il signe la pétition des écrivains en faveur de la grâce de Robert Brasillach, qui est condamné à mort et qui sera malgré cela exécuté. Cet engagement lui vaut le surnom de " Saint-François-des-Assises ". Il rompt peu après avec le Comité national des écrivains en raison de l'orientation communiste du comité et participe à la revue des Cahiers de LA TABLE RONDE, où de jeunes écrivains de droite, qu'on appellera plus tard les HUSSARDS, feront leurs débuts.

  LE  PRIX  NOBEL

En 1952, l'année où paraît son roman Galigaï, François MAURIAC reçoit le Prix Nobel de littérature pour " la profonde imprégnation spirituelle et l'intensité artistique avec laquelle ses romans ont pénétré le drame de la vie humaine ". Polémiste vigoureux, d'abord absent du débat sur la guerre d'Indochine (Vercors lui reprochera son silence), il prend ensuite position en faveur de l'indépendance du Maroc, puis de l'Algérie, et condamne l'usage de la torture par l'armée française (L'Imitation des bourreaux de Jésus-Christ). Il préside aussi le Comité de soutien aux chrétiens d'URSS.

  Il s'exprime notamment dans son fameux Bloc-notes, qui paraît d'abord dans la revue de LA TABLE RONDE, ensuite dans Le Figaro, puis dès 1955 dans L'Express, que viennent de créer Françoise Giroud et Jean-Jacques Servan-Schreiber, avant de reparaître à partir de 1961 et jusqu'à la fin dans Le Figaro.

  Il soutient un temps Pierre Mendès France sous la IVe République, mais le putsch des généraux à Alger précipite son ralliement sans faille au général de Gaulle sous la Ve République. Au cours des années 1960, il donne une suite à ses Mémoires intérieurs (1959), avec les Nouveaux mémoires intérieurs (1965), et publie ses Mémoires politiques (1967), ainsi qu'une hagiographie du général, De Gaulle (1964), auquel il demeurera fidèle jusqu'au bout.

  Son dernier roman, Un adolescent d'autrefois reçoit un accueil enthousiaste de la critique en 1969. Une suite, Maltaverne, demeure inachevée et sera publiée de manière posthume en 1972.

  François MAURIAC meurt à Paris le 1er septembre 1970 et est enterré au cimetière de Vémars (Val-d'Oise). Son oeuvre complète a été publiée en douze volumes entre 1950 et 1956, puis rééditée et augmentée dans la collection de la Bibliothèque de la Pléiade.

  Claude Mauriac et Jean Mauriac, ses fils, et Anne Wiazemsky, sa petite-fille, sont aussi écrivains. Luce Mauriac, sa fille, a publié un roman en 2008.

  Le domaine de Malagar, à Saint-Maixant, qui fut le lieu de la fin de l'adolescence et que l'écrivain acquit en 1927 à la suite d'un partage familial, est aujourd'hui propriété du Conseil régional d'Aquitaine. Cette maison d'écrivain, transformée en centre culturel, est désormais ouverte à la visite.

  REVELATIONS  post mortem

Selon un livre paru le 4 mars 2009 aux éditions Fayard, François MAURIAC, Biographie intime de Jean-Luc Barré, l'écrivain a eu de nombreuses passions homosexuelles. S'appuyant sur des sources écrites, l'ouvrage révèle que François MAURIAC aurait notamment brûlé de passion pour un jeune écrivain, diplomate suisse, Bernard Barbey. L'information selon laquelle François MAURIAC a eu des relations homosexuelles avec de jeunes gens avait été donnée dans une interview de Daniel Guérin publiée dans le livre de Gilles Barbedette et Michel Carassou, Paris gay 1925 publié aux Presses de la Renaissance. Daniel Guérin est venu confirmer cette information, vérifiable dans la correspondance qu'il a reçue de MAURIAC, conservée à la BDIC, en contradiction avec la volonté de l'écrivain de la récupérer et de la détruire.

 

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 HENRY de  MONTHERLANT

Romancier, essayiste, auteur dramatique et académicien né le 20 avril 1895 à Paris, mort le 21 septembre 1972 à Paris.

 ENFANCE et ETUDES

Issu d'une famille bourgeoise du côté de son père et noble du côté de sa mère, Henry MILLON de MONTHERLANT envisage très tôt de faire oeuvre d'écrivain. Ce sera d'abord l'expérience du journal intime (détruit à la fin de sa vie). Son père décédé, son éducation est laissée à la charge de sa mère qui lui donnera le goût de la littérature. Quo Vadis ? de Henryk Sienkiewicz, dont elle lui fait la lecture, marquera l'ensemble de sa vie et lui fournira les thèmes qu'il abordera tout au long de son oeuvre (l'amitié, la corrida, Rome et le suicide).

 Son renvoi en 1912 du collège Sainte Croix de Neuilly-sur-Seine lui fournit le thème de deux de ses oeuvres, La Ville dont le principe est un enfant (1951) et Les Garçons (1969). C'est à Sainte Croix qu'il rencontra Philippe Giquel, dont il écrira peu avant de mourir qu'il fut le seul être qu'il ait aimé de sa vie entière.

 LE CULTE des VERTUS ANTIQUES

Nourri dans sa jeunesse par la lecture de Nietzsche et Barrès, il trouve un idéal dans le courage et les vertus antiques. Il torée en Espagne avant 1914.

Durant la Première Guerre mondiale, il ne combat pas, mais est affecté (tardivement) au service auxiliaire, ce qui lui vaudra une blessure par éclat d'obus. Sa première pièce, L'Exil, écrite dès la fin 1914, traite de l'engagement volontaire. En 1919, il devient secrétaire de l'Oeuvre de l'ossuaire de Douaumont.

 Dans les années 1920, il se tourne vers le sport, notamment l'athlétisme et le football, et fréquente les stades, où il renoue avec la fraternité des tranchées et s'exalte à la vue des corps des athlètes (cf. Les Olympiques).

 LE GOÛT des VOYAGES

Admirateur des civilisations du bassin méditerranéen (Rome antique, Espagne, civilisation arabe), il y fait de nombreux voyages. Il vit même quelques années durant dans l'Algérie coloniale et cohabite un temps avec André Gide à Alger, dans les années 1930. Son oeuvre intitulée La Rose de Sable, où il dénonce les excès de la France coloniale, verra sa publication étalée sur une trentaine d'années jusqu'en 1968.

  MONTHERLANT se défie de l'amour et des femmes, avec lesquelles il est toujours sur la défensive. Il analyse la psychologie féminine dans les quatre romans qui forment le cycle romanesque des Jeunes Filles et qui seront vendus à des millions d'exemplaires, grâce au public féminin.

 LA REPUTATION de COLLABORATIONNISTE

Patriote sans être nationaliste, il décrit dans Le Songe le courage et l'amitié des combattants. Dans les années 1930, il invite par de nombreux articles et ouvrages à intervenir contre l'Allemagne nazie (1936, puis 1938). L'Equinoxe de Septembre sera interdit par l'occupant. Le Solstice de Juin, consacré à la bataille de France en mai-juin 1940, qu'il couvre comme reporter, lui vaudra la réputation de collaborateur et des ennuis à la Libération, ennuis d'ailleurs très passagers, et qui se révélèrent infondés.

 Le RETRAIT APRES la GUERRE

En rupture avec la société contemporaine, cherchant à transcender les luttes partisanes,il se consacre à l'écriture de son théâtre depuis la Seconde Guerre mondiale. Il y peint la grandeur et la misère des hommes et des femmes d'honneur, tiraillés par leurs passions, souvent trahis et perdus.

 Durant la période de l'après-guerre, il est également l'auteur de nombreux dessins réalisés à la mine de plomb, des esquisses représentant tour à tour des scènes de tauromachie, des hommes en habits de lumière et quelques nus féminins ou masculins. Il renoncera cependant au dessin, expliquant que " tout ce qui n'est pas littérature ou plaisir est temps perdu ".

 Fait rare, mais non pas unique dans l'histoire du Quai Conti, MONTHERLANT est élu en 1960 à l'Académie française sans en avoir fait expressément la demande.

 La MORT VOLONTAIRE

Devenant quasiment aveugle à la suite d'un accident, il se suicide le jeudi 21 septembre 1972 à son domicile du 25, quai Voltaire à Paris, en avalant une capsule de cyanure et, simultanément, en se tirant une balle dans la bouche, de crainte que le cyanure ne soit éventé. MONTHERLANT laisse un mot à Jean-Claude Barat, qui devient son légataire universel : " Je deviens aveugle. Je me tue. " De cette mort volontaire, Julien Green écrit quelques jours plus tard : " Ayant inventé un personnage tout de bravoure et d'éclat, MONTHERLANT a fini par le prendre pour lui et s'y est conformé jusqu'à la fin. "

  Ses cendres sont dispersées à Rome, sur le Forum, entre les pierres du temple de Portunus (ou temple de la Fortune virile) et dans le Tibre, par Jean-Claude Barat et Gabriel Matzeff.

 MONTHERLANT et les GARCONS

Durant sa vie, MONTHERLANT s'est toujours efforcé de minimiser les rapports autobiographiques que l'on pouvait supposer entre ses oeuvres traitant des garçons et sa vie sentimentale. Cependant ce n'était un secret pour personne que son roman Les garçons reflétait assez précisément ses amours de jeunesse. Il s'en est d'ailleurs expliqué plus ouvertement dans ses derniers écrits, par exemple dans Mais aimons-nous ceux que nous aimons , (publié en 1973). Les Garçons a été publié en 1969, mais des passages significatifs avaient été mis de côté et ne sont apparus que dans la version de La Pléiade (1982, Romans, tome II, voir par ex. p. 550).

  Comme le met en évidence son principal biographe, Pierre Sipriot, MONTHERLANT, durant sa vie, s'est souvent avancé masqué, cultivant une forme de secret. Par exemple sur sa date de naissance, qu'il a falsifiée, se rajeunissant d'un an (il a, de plus, voulu naître le 21 avril, jour de la fondation de Rome et même l'Académie française s'y est perdue puisqu'elle donne dans sa notice officielle la date du 30 avril), ou dans le domaine de sa vie privée : il entretenait une double vie, comme l'a dévoilé son ami Roger Peyrefitte avec qui il partageait une passion pour les adolescents.

 La biographie de Sipriot, appuyée entre autres sur le témoignage de Peyrefitte, ne laisse aucun doute sur le fait que MONTHERLANT, au moins sur la fin de sa vie, entretenait des relations sexuelles avec des garçons de 9 à 14 ans, qu'il rencontrait à la sortie des cinémas. D'autre part, Peyrefitte et MONTHERLANT faisaient des virées ensemble et " entretenaient " à eux deux des mères de familles complaisantes. Peyrefitte prétend que MONTHERLANT s'est suicidé parce que des parents de garçons commençaient à faire du bruit et qu'il craignait un procès infamant.

 La révélation posthume de ces faits a grandement modifié l'image qui dominait à son sujet de son vivant, contraignant certains à renoncer à un MONTHERLANT idéalisé, et d'autres à le relire de plus près.

 

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 MARCEL JOUHANDEAU

Ecrivain né à Guéret (Creuse) le 26 juillet 1888 et mort à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) le 7 avril 1979, connu également sous son pseudonyme Marcel JOUAND.

  BIOGRAPHIE

Né dans une famille commerçante de Guéret, il grandit dans un monde de femmes, notamment sa grand-mère. Marcel JOUHANDEAU se tourne, dès ses jeunes années - sous l'influence d'une jeune femme sortie du Carmel de Limoges - vers un catholicisme mystique et outré et il envisage dans un premier temps d'entrer dans les ordres. Il part pour Paris en 1908 et étudie au Lycée Henri IV, puis à la faculté des lettres de l'université de Paris, où il commence à écrire. Il devient professeur au collège privé Saint-Jean de Passy à partir de 1912.

  Il éprouve très jeune ses premiers émois homosexuels qui sont vécus dans une culpabilité extrême, dans l'outrage de Dieu. Pour autant, ce sentiment de honte ne l'empêche pas de se livrer à de nombreux " passages à l'acte " et toute sa vie oscillera entre la célébration du corps masculin et le vécu mortifère de la sexualité au point qu'en 1914, dans un élan mystique, Marcel JOUHANDEAU brûle ses manuscrits et tente de se suicider. La crise passée, il se remet progressivement à l'écriture par le truchement de chroniques villageoises qui sont l'occasion de premiers succès.

  Durant la Première Guerre mondiale, il est, dans un premier temps, réformé, avant d'être affecté à l'arrière comme secrétaire à Guéret. Il publie en 1924 Les Pincengrain, une chronique à peine déguisée des habitants de Guéret, ce qui a choqué les natifs de la ville. Les voyages sont pour lui l'occasion de se livrer aux amours masculines narrées dans L'Amateur d'imprudences. Il se marie, à quarante ans, en 1929, avec une danseuse, Elizabeth Toulemont, dite Caryathis " Elyse " , ex-maîtresse de Charles Dullin et familière de Jean Cocteau et de Max Jacob. Elle espère le débarrasser de ses penchants. Durant cette période, il entame une oeuvre de moraliste chrétien (De l'abjection) avant de retomber dans les bras d'hommes - au grand dam de son épouse - épisodes narrés dans Chronique d'une passion et Eloge de la volupté. Ils adoptent néanmoins une jeune fille, Céline, qui accouche d'un petit Marc. En 1971, à la mort d'Elise, Marcel JOUHANDEAU finit ses jours auprès de ce dernier. 

  En 1938 il écrit un pamphlet antisémite sans équivoque Le Péril Juif. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il voyage à Weimar, en 1941, sur l'invitation de Goebbels. Des journaux collaborationnistes citent pendant l'Occupation des extraits de ce pamphlet pour accréditer leurs thèses racistes et accabler les Juifs. Il semblerait que JOUHANDEAU ait tenté de faire disparaitre ce livre sans en regretter une ligne même après la Guerre.

  L'une des phrases les plus célèbres de JOUHANDEAU reste son apostrophe aux étudiants durant les évènements de mai 68 : " Rentrez chez vous, dans dix ans, vous serez tous notaires ".

 

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