Groupe d'amis

                

         Les   HUSSARDS    -   NOYAU  DUR

 

Ce nom donné par l’écrivain Bernard FRANK à un groupe d’amis vient du roman de Roger NIMIER Le Hussard bleu.  Ils se réunissaient au hasard des rencontres littéraires dans des cafés de Saint-Germain-des-Près ou chez des éditeurs à la fin des années 1940.

  Ils écrivaient dans les bistros et se retrouvaient le soir «  Aux Assassins », un restaurant de la rue Jacob (il avait été le théâtre d’un crime au début du siècle).

   Placé sous le patronage de Paul MORAND et Jacques CHARDONNE, ce groupe était composé d’un noyau dur : Antoine BLONDIN, Michel DEON, Jacques LAURENT et  comme chef de file Roger NIMIER.

    Leurs réunions attiraient beaucoup de monde extérieur à la littérature, notamment des peintres et des artistes.

   Chacun des écrivains rattachés à ce groupe refusa toutefois cette étiquette de Hussards. Jacques LAURENT dans Histoire égoïste, et Michel DEON dans Bagages pour Vancouver ont même dénié l’existence de ce groupe.

    En vérité, l’expression les Hussards désigne donc un courant littéraire français qui, dans les années 1950-1960 s’opposa aux existentialistes et surtout à celui qui incarnait l’intellectuel engagé : Jean-Paul SARTRE.

   Si le mouvement apparaissait hétéroclite, les Hussards se distinguaient essentiellement par leur opposition à SARTRE ainsi que par leur antigaullisme de droite. François DUFAY leur reconnaissait surtout « l’amour du style ; un style bref, cinglant, ductile », un anticonformisme rafraîchissant, le refus des modes, le goût des causes perdues ». 

  

Paul  MORAND

 Né le 13 mars 1888 à Paris et mort le 23 juillet 1976 à Paris Paul MORAND est un écrivain, diplomate et académicien. Considéré comme un des pères du " style moderne " en littérature, il s'est imposé comme l'un des grands écrivains français du siècle dernier.

  Le jeune Paul apprend l'anglais très tôt et se rend à Londres à plusieurs reprises durant son adolescence. Il visite aussi Venise et l'Italie du Nord et, chaque été séjourne pendant un mois près du lac de Côme.

  En 1905, il rate l'oral de philosophie de son baccalauréat. Jean GIRAUDOUX devient son précepteur et Paul se transforme tout d'un coup en élève assidu. Il intègre l'Ecole libre des Sciences Politiques, pour réussir le concours du Quai d'Orsay. Tout en débutant dans la Carrière, il fréquente les milieux littéraires, fait la connaissance de PROUST et s'essaie à la poésie en composant une Ode à Marcel PROUST.

   LE DIPLOMATE ECRIVAIN

 Ses premiers textes publiés sont des poèmes, notamment Lampes à Arc en 1919. Mais il entre véritablement en littérature en 1921 avec la parution de son premier ouvrage en prose, Tendres Stocks, un recueil de nouvelles préfacé par PROUST.

  Dans les années 1920-30, il écrit de nombreux livres, récits de voyage, romans brefs et nouvelles, qui frappent par la sécheresse du style, le génie de la formule et la vivacité du récit, mais aussi par la fine description des pays traversés par l'auteur ou ses personnages, généralement de grands bourgeois cultivés aux idées larges. Durant la même période, il pratique aussi le journalisme, notamment pour Le Figaro.

    L'AMBASSADEUR DE VICHY

Un des faits marquants de la vie de Paul MORAND est son attitude durant la Seconde Guerre mondiale et sa proximité avec le régime de Vichy. Après avoir été mis à la retraite d'office en 1940, il est nommé, lors du retour de Pierre Laval au gouvernement en 1942, ambassadeur de France en Roumanie, pays de son épouse, la princesse Hélène Soutzo.

 " ...Laval ne lui demandait même pas de rentrer (...). Il est parti par le même bateau que l'ambassade. On ne voulait pas de lui à Vichy et on lui a tenu rigueur de son abandon de poste. Il était victime des richesses de sa femme. Pour les récupérer, il s'est fait nommer ministre de Vichy à Bucarest. Puis, quand les troupes russes se sont approchées, il a chargé un train entier de tableaux et d'objets d'art et l'a envoyé en Suisse. Il s'est fait ensuite nommer à Berne, pour s'occuper du déchargement. " - (Charles de Gaulle, 20 mai 1962, cité par Alain Peyrefitte in Charles de Gaulle, Fayard tome 1, 1994, p. 148).

  Jean Jardin, éminence grise de Pierre Laval, favorise son départ de Bucarest en 1944, lors de l'avancée des troupes russes, et le fait nommer en Suisse. Lorsque la guerre se termine, il est ambassadeur à Berne, ce qui lui vaut d'être révoqué à la Libération.

    Son attitude durant la Guerre lui vaut une solide inimitié du général de Gaulle, protecteur de l'Académie, qui empêchera longtemps jusqu'en 1968, son entrée à l'Académie française, et que MORAND, dans sa correspondance avec Jacques CHARDONNE, appelle avec mépris " Gaulle ".

   L' ECRIVAIN EN EXIL

 Contraint à l'exil en Suisse, il écrira plus tard : " L'exil est un lourd sommeil qui ressemble à la mort. " (Chronique de l'homme maigre).

  Dans son exil, MORAND se consacre à la poursuite de son oeuvre, marquée par des orientations nouvelles et notamment par un intérêt nouveau pour l'Histoire.

   LE PROTECTEUR des HUSSARDS

 Il devient, avec Jacques CHARDONNE, le modèle et le protecteur d'une nouvelle génération d'écrivains qu'on appellera les HUSSARDS.

   L' ACADEMICIEN

  Il est élu à l'Académie française le 26 septembre 1968 au fauteuil n° 11 de Maurice Garçon, élu en 1946, mais le chef de l'Etat, contrairement à la tradition ne le recevra pas. Le Président de la République se contentera  seulement de lever son véto en déclarant au Secrétaire Perpétuel qu'il recevrait : " Paul MORAND... qui va être des vôtres, n'est-ce pas ? ".

  MORAND survit un an et demi à son épouse et meurt à l'hôpital Laennec à Paris. Conformément aux dispositions de son testament, ses cendres sont mêlées à celles de son épouse à Trieste, ville dont elle était originaire.

  " Paul MORAND fut crématisé au plus fort de la canicule de l'été 1976. On confia ensuite à un employé le soin de ramener l'urne jusqu'au domicile du de cujus. Sans savoir qui il transportait sur le porte-bagages de son Solex, le fonctionnaire assoiffé a traversé la capitale dans plusieurs bistrots pour boire une grenadine. Ainsi l'auteur de Venises commença-t-il son dernier voyage vers l'Italie (...), par des stations sur les trottoirs de la Roquette... " (Bernard Beyern, Mémoires d'entre-tombes, Le Cherche-Midi éditeur, 1997,p.120).

  " Un jour il bondira, vieux sportif, dans la mort. " - Roger NIMIER.

   ANECDOTES

   Maurice Rheims, son ami depuis 1959, évoque dans ses entretiens avec François Duret-Robert (En tous mes états, Gallimard, 1993, p. 93-97), cet homme délicieux, amateur raffiné " qui fut son mentor pour entrer à l'Académie, " prenant sur lui d'agir sans jamais m'en parler " (auprès de Guitton, Ionesco, DRUON, etc.), et son épouse, " vieille impératrice asiatique, savourant son thé dans une tasse en céramique bleue d'époque Ming, assise au centre d'un trône moghol du XVIIIe siècle marqué d'un M majuscule, acquis par MORAND lors d'un voyage ".

   Exécuteur testamentaire, le célèbre commissaire-priseur fut chargé des modalités du legs de leurs biens à l'Académie, et acquit ce " trône asiate " lors de la vente aux enchères publiques de la succession des 16 et 17 novembre 1977 au Palais d'Hélène Morand, pastel de Lucien Lévy-Dhurmer, et les nombreux tableaux, meubles et objets d'art en majeure partie d'Extrême-Orient, qui ornaient l'hôtel de l'avenue Charles-Floquet à Paris et la maison des Hayes, vers Rambouillet.

   Dans sa biographie d'Antoine BLONDIN, Yvan Audouard raconte comment la dernière missive de MORAND à Kléber HAEDENS, écrite quelques jours avant sa mort l'informant qu'il lui léguait sa cave, parvint avec le camion transportant celle-ci, au moment même où le cercueil de HAEDENS quittait sa maison de Labourdette, en Haute-Garonne...(Monsieur Jadis est de retour, La Table Ronde, 1994, p. 69 et 70).

   CORRESPONDANCE

  " MORAND est tout entier dans ses lettres (...) cet incomparable épistolier offrait de fulgurantes visions sur la politique, les moeurs, l'histoire ou les élans du coeur (...) ce qui éclate le plus, c'est la générosité " (prière d'insérer de " Lettres à des amis et à quelques autres ", préface de Michel DEON, présentation et notes de Ginette Guitard-Auviste - La Table Ronde, 1978).

  Sa longue correspondance inédite avec CHARDONNE contient assez de critiques venimeuses sur leurs contemporains - dont Charles de Gaulle, André Malraux, François Mauriac, Josette Day - pour qu'ils en interdisent la publication - " Tout cela dans trente ans ne blessera plus ", croit CHARDONNE - et qui la dépose en 1967 à la bibliothèque de Lausanne, où elle est consultable depuis 2000.

  " Les deux crocodiles n'ont rien renié de leur vichysme d'antan, MORAND y peste contre " l'enjuivement " de l'Académie Goncourt, traite tel écrivain de " merde juive ". Sa phobie antisémite n'a d'égale que sa détestation des homosexuels, tombant au niveau de graffiti de vespasienne (...) L'aigreur colérique s'accentue au fil des années 60, mêlée à la nostalgie ". (François Dufay, op.cit., p.140).  

 

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   Roger  NIMIER

 Né le 31 octobre 1925 à Paris et mort le 28 septembre 1962 à La Celle-Saint-Cloud, est un écrivain français. Romancier, journaliste et scénariste, il est considéré comme le chef de file du mouvement littéraire dit des " HUSSARDS ".

  ENFANCE et ETUDES

Fils de l'ingénieur Paul NIMIER qui meurt en 1939, alors que Roger n'a que 14 ans - et de Christiane Roussel, il naît le 31 octobre 1925, quatre ans après sa soeur Marie-Rose. La famille habite sur le boulevard Pereire dans le XVIIe.

 De 1933 à 1942, il fréquente le lycée Pasteur de Neuilly. Il est bon élève, à tel point que son condisciple Michel Tournier juge sa précocité " un peu monstrueuse ", et obtient un premier accessit au concours général de philosophie, en 1942.

  Après son baccalauréat, il commence des études à la Sorbonne à la rentrée 1942, tout en étant employé par la maison de philatélie Miro, dirigée par son oncle. Il s'engage volontairement pour la durée de la guerre le 3 mars 1945 au 2e régiment de hussards, à Tarbes ; il est démobilisé le 20 août 1945.

 PREMIERS  ROMANS

Il écrit dans un style évoquant Giraudoux et Cocteau un premier roman, L'Etrangère, qui sera publié à titre posthume. Il est publié pour la première fois à vingt-trois ans, avec Les Epées (1948), un roman plein d'insolence, mêlant la tendresse à la provocation politique dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale.

  Deux années plus tard, il fait paraître son roman le plus célèbre, Le Hussard bleu, qui renouvelle la veine des Epées et réemploie le personnage de François Sanders, puis Perfide et Le Grand d'Espagne, un essai historico-politique au ton pamphlétaire qu'il conçoit comme un hommage à Georges Bernanos.

  Il publie encore Les Enfants tristes (1951), puis Histoire d'un amour (1953). Suivant le conseil de Jacques CHARDONNE, qui juge sa production trop rapide (cinq livres en cinq ans), il décide alors de ne pas publier un roman pendant dix ans. Entre-temps, Bernard FRANK a fait de lui le chef de file des Hussards en décembre 1952, dans un article célèbre paru dans Les Temps modernes, le nom de " Hussards " faisant référence au Hussard bleu.

 EDITION et CRITIQUE LITTERAIRE

La période d'abstinence romanesque n'est pas pour autant une période de silence. NIMIER se consacre à la critique, notamment dans la revue Opéra qu'il dirige, à la politique à travers des chroniques parues dans l'hebdomadaire royaliste La Nation française, à l'édition auprès de Gaston Gallimard, et au cinéma, notamment aux côtés de Louis Malle, avec qui il écrit le scénario d'Ascenseur pour l'échafaud.

   Sur le chapitre politique, il cultive volontiers un certain anticonformisme de droite : Charles Maurras et l'Action française ont exercé sur lui une influence qu'il reconnaît. Il signe en 1960 le " Manifeste des intellectuels français " qui répond au Manifeste des 121 et soutient l'action de la France en Algérie.

 RETOUR au ROMAN et MORT ACCIDENTELLE

  Il vient d'être sollicité pour l'adaptation au cinéma du Feu follet de Drieu La Rochelle lorsqu'il meurt, le 28 septembre 1962, dans un accident de voiture au volant de son Aston Martin DB4 sur l'autoroute de l'Ouest, sur le pont de la Celle-Saint-Cloud, en compagnie de l'écrivain Sunsiaré de Larcône. Il allait avoir trente-sept ans. Amateur de voiture (il avait déjà une Jaguar et une Delahaye), il en parlait souvent et écrivait à leur propos. Il avait même fait la description d'un accident de voiture dans l'un de ses livres.

  Son dernier roman, D'Artagnan amoureux, est publié quelques mois après. Ce roman posthume, qui imagine le désarroi amoureux du héros de Dumas, annonçait peut-être une nouvelle phase dans l'oeuvre de NIMIER.

  Sa fille, Marie NIMIER (née en 1957), elle aussi écrivain, parle de sa relation avec son père, mort quand elle avait cinq ans, dans son livre, La Reine du silence (prix Médicis 2004). Aujourd'hui, un prix littéraire porte son nom.

 

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   ANTOINE  BLONDIN

 Né le 11 avril 1922, mort le 7 juin 1991, est un écrivain français. Romancier et journaliste, il est connu également sous le pseudonyme TENORIO et reste associé au mouvement des HUSSARDS.

 BIOGRAPHIE

Fils de la poétesse Germaine BLONDIN et d'un père correcteur d'imprimerie, il est un brillant sujet à l'école, collectionnant les prix et les récompenses. Après des études aux lycées Louis-le-Grand à Paris et Corneille à Rouen, il obtient à la Sorbonne une licence en lettres.

  Sous l'occupation, il est envoyé en Allemagne dans le cadre du STO, qui lui inspire L'Europe buissonnière (1949). Avec ce premier roman, il capte l'attention d'auteurs comme Marcel Aymé et Roger NIMIER qui lui accordent aussitôt leur amitié. Le livre obtient le Prix des Deux-Magots.

 D'autres romans suivent ( Les Enfants du bon Dieu, L'Humeur vagabonde ), qui confirment son talent de plume et la singularité d'un style se situant entre Stendhal et Jules Renard.

  Journaliste engagé à droite, il collabore à de nombreux journaux et notamment à la presse monarchiste : Aspects de la France, La Nation française et Rivarol. Il est aussi lié au groupe des Hussards et participe à l'aventure de La Table ronde.

  Il est également journaliste sportif, auteur de nombreux articles parus notamment dans L'Equipe. Il suivra pour ce journal vingt-sept éditions du Tour de France et sept Jeux olympiques.

  Il a évoqué avec des accents céliniens la passion de l'alcool dans Un singe en hiver (1959), que Henri Verneuil a adapté pour le cinéma trois ans plus tard dans le film du même nom.

  Il a marqué le quartier de Saint-Germain-des-Prés de ses frasques, jouant à la corrida avec les voitures, multipliant les visites dans les bars et collectionnant les arrestations dans un état d'ébriété avancée (cf.son roman autobiographique Monsieur Jadis ou L'Ecole du soir).

 

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   MICHEL  DEON

Né à Paris le 4 août 1919 sous le nom d'Edouard MICHEL, il est un écrivain, dramaturge et académicien français. Il a tout d'abord adopté Michel DEON comme nom de plume avant d'en faire son patronyme légal (autorisation accordée par le Conseil d'Etat du 19 octobre 1965).

  Il est généralement rattaché au mouvement des Hussards. Il est l'auteur entre autres ouvrages des Gens de la nuit, des Poneys sauvages, d'Un taxi mauve, ou encore du Jeune homme vert.

 BIOGRAPHIE

Après une adolescence passée entre le 16e arrondissement de Paris et la Côte d'Azur, il fait des études de droit en songeant déjà à une carrière littéraire.

  Mobilisé de 1940 à 1942 (152e RT) et démobilisé à Lyon en novembre 1942 il devient en zone sud, secrétaire de rédaction à L'Action française auprès de Charles Maurras.

  Après la guerre il commence une vie de voyages qu'il n'arrêtera plus et qui nourrira constamment son oeuvre romanesque. D'une manière plus ou moins prolongée, il séjourne notamment en Suisse, en Italie, aux Etats-Unis, qu'il parcourt en train et en bus Greyhound grâce à une bourse de la fondation Rockefeller, au Canada, au Portugal et en Grèce (à partir de 1959), d'abord à Skyros, puis à Spetsai. Mais c'est encore en Irlande, pays dont il se sent proche culturellement, qu'il séjourne le plus longtemps en famille, avec Chantal, son épouse, et ses enfants Alice et Alexandre. Ses voyages et séjours en Irlande furent de grandes inspirations pour ses romans.

  Parallèlement à la composition de ses livres, il poursuit une carrière de journaliste, d'éditeur pour la maison Plon et de critique aux Nouvelles Littéraires ou au Journal du Dimanche. Lié aussi à la revue et aux éditions de La Table Ronde, il est associé aux Hussards, bien qu'il ait lui-même contesté l'existence de ce mouvement.

 

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  JACQUES  LAURENT

Né le 5 janvier 1919 à Paris, mort le 29 décembre 2000 à Paris Jacques LAURENT-CELY était un journaliste, romancier et essayiste français, ayant notamment publié sous divers pseudonymes dont celui de Cécil SAINT-LAURENT, et élu à l'Académie française en 1986.

 BIOGRAPHIE

 JEUNESSE

Petit-fils du président du Conseil général de la Seine, fils d'un avocat inscrit au barreau de Paris, combattant de la Grande guerre et militant de Solidarité française de François Coty, Jacques LAURENT-CELY était par sa mère neveu d'Eugène Deloncle.

  Ayant suivi des études au lycée Condorcet, il entreprend une licence de philosophie à la Sorbonne, et s'engage rapidement à l'Action française de Charles Maurras, en écrivant au journal L'Etudiant français. Il présentera plus tard son engagement ainsi : " c'est parce que je rencontrais l'Action française que j'échappais au fascisme ".

  En 1939, il doit interrompre ses études à cause de la mobilisation. Il ne joua qu'un rôle limité sous l'Occupation, avec un modeste poste au " Bureau d'études " du Secrétariat général à l'Information du régime de Vichy sous l'autorité de Paul Marion, où il fit la connaissance d'Angelo Tasca mais aussi de François Mitterrand, et contribua à Idées, " revue de la Révolution nationale " fondée en 1941. En août 1944, il est chargé d'établir un contact entre le maréchal Pétain et une unité auvergnate des Forces françaises de l'intérieur que dirige Henry Ingrand, Pétain envisageait alors un accord avec la Résistance pour rejoindre le maquis. Ce projet n'aura pas de suite, à cause du départ du maréchal à Sigmaringen, tandis que Jacques LAURENT-CELY rejoindra à la fin du mois un bataillon des FFI devant opérer une jonction avec l'armée du général de Lattre de Tassigny. Remonté à Paris sous l'épuration, il est brièvement incarcéré mais finalement relâché.

  L'ECRIVAIN  " HUSSARDS "

 Après la Guerre, il entreprend une carrière d'écrivain : ayant écrit sous divers pseudonymes " pour vivre " des chroniques théâtrales (Jean PAQUIN), quelques petits romans sentimentaux (DUPONT de MENA, Roland de JARNEZE) ou policiers(Roland de JARNEZE, Alain de SUDY, Gilles BARGY, Laurent LABATTU), puis en 1948 une étude historique plus connue, Quand la France occupait l'Europe, sous le nom d'Albéric VARENNE.

  Mais il se fait véritablement connaître du public par des romans publiés dès la fin des années 1940, dont les plus célèbres restent Les Corps tranquilles, paru en 1948 (auquel Le Petit Canard, paru en 1954, constituera un post-scriptum), et la série populaire de Caroline Chérie, qui fera l'objet de douze traductions et de deux adaptations cinématographiques (en 1951, puis en 1968).

  L'année 1951 voit la parution de son premier essai, Paul et Jean-Paul, dans lequel il se livre à un parallèle entre Paul Bourget et Jean-Paul Sartre, attaque Les Temps Modernes et l'existentialisme. Dans le même temps, il fonde en 1952 la revue littéraire La Parisienne (qui accueillit la plume de Jean Cocteau, Jean-François Deniau, Henry de Montherlant, Jacques PERRET ou encore Marcel Aymé), dans laquelle il écorna André Malraux, lui reprochant de " vivre tranquillement en pelotant des chefs-d'oeuvre plastiques après avoir envoyé tant de jeunes au casse-pipe ", puis dirige l'hebdomadaire Arts de 1954 à 1959. Son nom est alors associé au mouvement littéraire des Hussards, auxquels se rattachent aussi Antoine BLONDIN, Michel DEON et Roger NIMIER, incarnant alors la droite littéraire. A cette qualification, Bernard FRANK préférera toutefois celle, plus ironique, de " fasciste ".

  UN AUTEUR ENGAGE

C'est par la guerre d'Algérie qu'il reprend son engagement politique : offusqué par la " trahison " du général de Gaulle par son projet d'autodétermination en 1959, il lance la revue L'Esprit public, qu'on présentera souvent comme " l'organe officieux de l'OAS ". Il la quitte toutefois en 1963, en désaccord avec les idées européistes et révolutionnaires de Jean Mabire.

  En 1964, il attaque violemment le général de Gaulle par son pamphlet Mauriac sous de Gaulle, qui lui vaudra une condamnation pour " offense au chef de l'Etat ". Lors de ce procès, il déclara : " La situation de l'histoire des affaires est unique. Vingt ans après la Terreur, n'importe quel historien pouvait dire ce qu'il pensait de la Terreur ; vingt ans après le 18 brumaire, n'importe quel historien pouvait dire ce qu'il pensait du 18 brumaire ; vingt ans après la Terreur blanche, n'importe quel historien pouvait s'exprimer librement sur la Terreur blanche ; vingt ans après le 2 décembre, on pouvait parler du 2 décembre selon sa conviction ; vingt ans même, pour prendre un évènement plus rapproché, après l'arrestation de Caillaux sous Clémenceau, on pouvait défendre Caillaux si on le voulait, ou en tous cas écrire un livre d'histoire absolument libre sur ce qui s'était passé entre 1914 et 1918. Mais vingt-cinq ans après le 18 juin, j'apprends par le réquisitoire qu'il est interdit de le commenter ". Il publie peu après avec Gabriel Jeantet (ancien membre de La Cagoule puis résistant) Année 40, où il conteste l'importance de de Gaulle, le " planqué ", dans l'organisation de la Résistance.

  RETOUR AU ROMAN

Délaissant la politique (il y reviendra cependant par son autobiographie Histoire égoïste en 1976), Jacques LAURENT refait surface dans le monde littéraire, par la publication de son roman Les Bêtises, qui obtiendra le prix Goncourt en 1971, puis avec Les Sous-Ensembles flous en 1981. L'ensemble de son oeuvre sera couronné la même année par le Grand prix de littérature de l'Académie française et, deux ans plus tard, par le Prix littéraire Prince-Pierre-de-Monaco.

  Fait chevalier de la Légion d'honneur, il est élu à l'Académie française le 26 juin 1986, au fauteuil 15, succédant à Fernand Braudel, et publia en 1988 un dernier essai remarqué sur Le Français en cage, dans lequel il s'en prend au " zèle excessif que déploient les policiers du langage dès que l'occasion leur est donnée de condamner ".

  Il meurt le 29 décembre 2000. Après sa disparition, il est remplacé à l'Académie par Frédéric Vitoux le 13 décembre 2001.